Après un bref retour à Charlotteville pour une soirée d’adieux à JF qui doit remonter en Martinique pour raison administrative nous quittons le mouillage pour descendre plus au Sud de Tobago. Au programme trois baies sauvages, rouleuses et territoire de pêche des locaux. Ici c’est encore eux qui font la loi et mieux vaut leur demander où mouiller pour ne pas déranger.
Ils pratiquent la pêche au filet depuis la plage : « la seine ». Au lever du jour, rassemblés sur le sable encore froid de la nuit les pêcheurs observent pendant des heures des signes qui ne trompent pas : la chasse des pélicans, la couleur, le frémissement de l’eau et sûrement bien d’autres choses invisibles pour nous. D’un coup tout s’agite, le poisson est encerclé par un filet déroulé d’une barque mue par deux rameurs surpuissants, des nageurs frappent l’eau pour effrayer les poissons et les piéger. Puis le filet est halé sur la plage à la force des bras. Ensuite, bières, bières et bières jusqu’à la nuit.
A Charlotteville, « Joe » le pêcheur avait besoin de main-d’œuvre pour relever filet et casiers. Aussi avec Stouph et Jean (Voilier Jonathan) nous fûmes plusieurs fois enrôlés. Relever le filet depuis la barque n’est pas physique par contre qu’est ce que c’est crade, les mailles sont pleines d’une espèce de boue gluante et comme Joe fait claquer le filet sur les bords de la barque pour en enlever le plus gros, en seulement 2 saccades nous voilà crépis de la tête aux pieds.
La pêche au casier demande plus de muscles et un estomac bien accroché. Immergés par 50m de fond il faut tirer à la main un bout de 10 mm rendu glissant par les algues, roulant sur un isolateur en verre de poteau électrique servant de poulie, frottant sur l’étrave en bois de la barque. Ensuite il faut hisser le casier sur le pont, ouvrir la trappe, le vider sans se faire mordre ou piquer par les prises et le pire, changer les appâts : du poisson bien pourri. Alors là ça pue vraiment ! Et avec la houle, les efforts et la faim, la tentation de gerber est grande !
Ils pratiquent également la pêche au thon, pas au bar, mais sur la mer dans leur barque. Pour matos un bambou, 5m de fil nylon, 10cm de fil de fer et un hameçon.
Ils traînent également, toujours pas au bar, des leurres en plastique comme nous sauf que pour eux ça mord, pas comme nous ! Une question de vitesse de traîne je pense.
Par contre l’après midi ils traînent, glandent sur la plage, à la poissonnerie (un robinet, 4 tôles, deux tables) et au bar pour draguer la morue et le thon !
A Castara nous subissons la saison des pluies : averse en fin d’après midi alors que nous nous promenons dans le lit d’un torrent et le lendemain matin déluge sur terre comme en mer.
Le petit ruisseau que nous avions traversé la veille déborde en charriant troncs d’arbres et poubelles, nous obligeant à quitter les lieux en urgence, faute de quoi la prise d’eau de refroidissement du moteur serait pleine de boue et de déchets et ça, le moteur il n’aime pas ! Même spectacle dans les baies voisines.
Repli sur le mouillage le plus Sud de Tobago, changement radical d’ambiance ! Fini la forêt, les petits villages de pêcheurs, la nature sauvage et bonjour villes, hôtels, jet skis, touristes, voitures… et les belles plages de sable, spot de surf, marchand de glace.