Lundi
ça m'a fait comme un pincement de voir partir la famille d'Italiens vers l'ouest, j'aurais presque pris la mer avec eux, ils étaient sympas avec bien la bougeotte, c'est stimulant. 3 ans que je n'avais pas baragouiné rital, j'ai encore de bons restes, les langues c'est comme le vélo, n'est-ce pas ?
Mardi
J'ai fait ma « belle » sur une branche d'arbre mort sur la plage, au bord de l'eau, façon studio : sur 25 prises, j'ai pu en sauver 4 où j'étais pas trop mal. Moralité : il ne suffit pas d'être belle et super bien gaulée pour réussir ses photos, il faut savoir poser, c'est un métier à part entière. J'étais d'ailleurs pas la seule à m'être vautrée sur ladite branche car elle empestait le parfum de salope, comme aurait pu l'écrire Beigbéder...
Mercredi
Deux vaches discutent :
« - ça te fait pas peur toutes ces vaches folles, toi ? - non, j'm'en fous, je suis un lapin »
Jeudi
Pour ses 30 ans notre Paï-Mé s'est offert une belle crise d’acné, entendez par là qu'il est osmosé, Môssieu n'aurait pas supporté les eaux chaudes. Plus poétiquement disons qu'il est constellé, c'est beau, non ?
Vendredi
Rien à déclarer. Ia Orana, c'est comme ça qu'on dit bonjour en Tahitien. N'oubliez pas de rouler le r. et parler légèrement du nez.
Samedi
L’acheteur est venu voir le bateau, ça y est, je me prends à rêver qu'il n'y aura plus de navigation de nuit sur ce bateau et je me prends à regretter déjà cette vie bercée par les flots, au rythme des levers et couchers de soleil, des rencontres et de l'absence de programme.
Dimanche
L'acheteur est un peu trop gourmand, genre marchandage au souk de Marrakech. On se paie le luxe d'éconduire notre seul et unique « client » et, remontés comme des hélices, c'est le cœur léger et avec des oreillers neufs que nous irons hiverner à Apataki dans les Tuamotu.
Lundi
Les gens aiment qu'on leur dise non : aujourd'hui notre acheteur, vous savez, l'unique, revient à la charge, il est ok pour payer plus, il implore une réponse rapide et nous le laissons mijoter jusqu'à demain. Sadiques !
Galvanisés par cette nouvelle, nous échafaudons un énième plan de route, ah, voyage, quand tu nous tiens !
Mardi
Rebondissement dans l'affaire de la vente de Paï-Mé : le fameux Bill (le catamaran qui a dû renoncer à entrer à Maupiti, c'était lui !) se re-manifeste avec une offre alléchante : d'ici 15 jours – 3 semaines, nous serons définitivement fixés sur notre sort. Je n'ose en dire plus, tant mes sentiments sont contradictoires, mais maintenant, quoi qu'il arrive, nous sommes contents et sereins quant à la suite des événements.
Mercredi
Cette année on a décidé qu'on ne paierait pas le CNED, après une nouvelle tentative pour rentrer dans le système normal de l'instruction gratuite pour tous. Je ne développerai pas ici le sujet tellement ça me prend la tête et tellement le système est mal fait et tellement les inégalités sont grandes en France entre les régions et les académies. Résultat Louanne est contente, elle peut commencer l'année avec ce que son papa chéri lui a téléchargé, la techno, la musique et les arts plastiques passent à la trappe, désolé mais le CNED ne les met pas en ligne, sûrement à cause des questions de copyright. Car si le bateau est vendu, c'est à vélo que nous continuerons l'aventure, autre monture, autres contraintes...
Jeudi
Bert m'a sorti la liste des choses à emporter sur nos vélos, j'ai cru défaillir : 2 slips, 2 T-shirts, 1 paire de chaussettes, un futal léger, je ne peux pas emmener mon épilateur. Je peux facilement me faire à l'idée que j'aurai les jambes poilues, un peu moins quant à mes aisselles puantes ou mon cul qui gratte ! Déjà qu'il risque d'être douloureux...
Vendredi
Une histoire idiote mais qui peu faire sourire : un homme entre dans un café et.... plouf ! Pour ceux qui n'auraient pas compris, faites-vous expliquer.
Samedi
Je viens de finir Le Baron Perché d'Italo Calvino, y a pas à dire, les classiques ça demande davantage de concentration, à la longue c'est un tout petit peu chiant ; je comprends pourquoi plus jeune j'accrochais pas : trop de choses à penser !
Lundi (une semaine plus tard)
C'est finalement notre acheteur de Tahiti qui l'emporte et nous sommes bien contents. Bert planche depuis 3 semaines sur la suite du voyage et c'est pas facile quand tout est suspendu ou en attente, du genre si gnagnagna alors gnagnagna, mais si bidule alors machin, vous voyez le genre de prise de tête... Et quand il faut raconter aux autres, du coup on se l'est zippée quelque temps et maintenant on peut tout vous dire.
Mardi
Dans la vie de bateau, y'a deux bons moments : quand tu l'achètes et quand tu le vends. On est dans les cartons en train d'emballer 3 ans de nomadisme, toutes ces affaires qui n'auront pour la plupart que très peu servi... Si seulement je pouvais être moins matérialiste, pas dans le sens d'avoir pour avoir mais avoir au cas où ça puisse servir.
Mercredi
J'ai retrouvé un jeu de Mikado sur le bateau, je vous rappelle que nous sommes sur un monocoque, alors amateurs, débutants ? Je dirais plutôt super confiants, culottés les savoyards ! On l'a jamais sorti.
Vendredi – Déjà?!
Le bateau est pendu sur ses sangles, et la coque n'est pas si moche que ça - rapport à la voie lactée, mais si rappelez-vous « constellée ».
Samedi
Qu'est-ce qu'on mange aujourd'hui : la même chose que les jours passés : on bouffe tout ce qui traîne à bord : pâtes à la tomate, lasagnes à la sauce conserves en tout genre (les chefs italiens frémiraient s'il voyait tous ces sacrilèges non-moins très mangeables), polente parce qu'il n'y a que nous qui sachions la faire à la valdotaine, du coup pas moyen de refiler notre stock aux copains.
Dimanche
Je sais pas moi, trouvez-vous quelque chose à faire pour vous occuper !
Une pensée vient de me traverser l'esprit : toutes ces choses que j'abandonne ici, je vais pouvoir en racheter des toutes neuves ! Où sont mes pilules anti-matérialisme ?
Lundi
Au fait,il faut que je vous dise quelque chose, mais ne le lisez pas trop fort : les vœux aux étoiles filantes, ça marche. J'avais mentionné que j'avais fait deux vœux : une belle passe d'entrée à Maupiti et, et ? Que le bateau se vende... Et je vais vous dire autre chose : pour bien profiter des étoiles filantes, sans forcément les guetter, il faut vivre dehors, c'est peut être là que ça coince.