Depuis notre départ de Gibraltar nos journées ont été bien remplies de visites et surtout navigation.
Nous avons rejoint la famille « Sheik Yerbouti » (nom du bateau de Gerrit et Carole) à CEUTA, enclave espagnole au Maroc, juste en face du rocher anglais. L’ambiance change avec un air d’Afrique du nord. Musulmanes voilées côtoient espagnoles en string sur la plage, Indous côtoient musulmans et catholiques le tout en bonne entente semble-t-il. D’anciens métiers refont surface : gardien de parking, d’ascenseur public, pompiste… De plus les gens sont très accueillant et joviaux ; ce que nous avions déjà remarqué depuis l’Espagne avec un bémol pour les Gibraltais. Nous resterons quatre jours ici : le matin école et bricolage chacun sur son bateau, l’après-midi visite de la ville, du cap et du fort, courses aux halles, apéro le soir… ça passe vite !!
Les quatre filles (Charlotte, Pénélope, Louanne et Emma) se sont lancées dans une collection d’œil de sainte Lucie, + de 200 collectés, soit de longues heures de recherche sur la plage (eau à 24,7°C).
La décision de rejoindre la ville d’Ayamonte sur le Rio Guadiana (frontière hispano portugaise) est prise en commun afin de réduire la future traversée vers Porto Santo, tout l’équipage copain n’étant pas encore amariné. RDV là-bas.
Samedi 14 Septembre, 6h 30 – 1h avant marée basse
Rapidement le vent monte, les vagues se creusent et la distance entre nos deux bateaux également. En regardant derrière nous, nous imaginons les estomacs se retourner et les seaux se remplir d’aliments à peine digérés : le mal de mer, la gerbe quoi !
On se perd de vue, la VHF ne passe plus. C’est chacun pour soi !!
26 nœuds établis. La décision de faire une pose à Cadiz et d’être, peut-être, rejoints par « Sheik Yerbouti" est prise. Après une nuit de repos au mouillage, toujours personne ; on repart.
Ce jour-là nous longerons plusieurs centaines de kilomètres de filets de pêche transformant notre navigation en veille et slalom permanents pour ne pas être pris au piège. Voilà d’où vient le poisson espagnol qui a finalement très peu de chance d’en réchapper.
Dimanche 15 Septembre, 20h22 – marée montante (pour remonter le Rio avec le courant)
Ancre, pâtes, dodo…. Réveil, appel radio, devoirs, appel radio, casse-croute, 16h toujours pas de bateau copain !!
D’après nos supputations et nos calculs ils sont derrière et devraient arriver avec la prochaine marée. Les filles s’impatientent. Où sont les « Popines » comme dirait Emma ?
En allant à la ville en annexe et passant par la marina, au cas où, que voyons-nous ? Nos copains installés depuis la veille ! Et là nous sommes super contents !! Au lieu de dormir, ils ont fait route au moteur et sont arrivés juste une heure avant nous. Preuve est faite encore une fois qu’on ne peut pas compter sur la technique, la VHF ne captait pas, ou alors nous sommes incapables de nous en servir. Pourtant le test fait au départ de la traversée avait été super concluant.
Bref, pour fêter ça on s’envoie une grosse paëlla en terrasse avec d’autres copains : les moustiques.
C’est chouette ici, on peut remonter assez haut sur le fleuve ; hélas nous devons partir à cause d’une dépression qui risque de nous fermer la porte pour Madères.
Mardi 17 septembre, 14h15 - étale marée haute
Départ groupé vers Porto Santo. Après une nuit de nav le long des côtes portugaises, un contrôle des gardes côtes le vent monte fort vers le cap San Vincente (cap Sud-Ouest du Portugal) avec des rafales à plus de 30 nœuds et nous perdons de nouveau de vue « shake your body », enfin Gerrit.
Nous enchainons la traversée, soit 500 milles, avec brio ! Non, nous n’avons pas pris de bateau stoppeur !! C’est une expression consacrée. Pour faire court :
VENT + VAGUE DE TRAVERS + 4 NUITS = ESTOMACS BARBOUILLES ET GROSSE FATIGUE
C’est donc avec beaucoup de plaisir que nous arrivons à Porto Santo les premiers et heureux le Samedi 20 septembre, à 10h30 à marée basse.
Je (Bert) pense que c’est ici que notre voyage va prendre une nouvelle dimension et pour deux raisons :
- Sheik Yerbouti n’arrivera pas ! Rassurez-vous ils n’ont pas coulé et sont en bonne santé. Nous apprendrons par mail : trop de vent (40 nœuds), trop de malades à bord et impossibilité pour Gerrit de tout gérer. La mer n’est pas toujours facile et il faut savoir changer de programme.
On ne se connaissait pas depuis longtemps mais cette nouvelle nous a été très désagréable à apprendre.
- Plus réjouissant, Porto Santo marque un changement radical avec l’Europe continentale. Le dépaysement est total et comme le dit Anne-Marie d’un bateau autrichien on a ici un vrai sentiment de liberté.
La langue parlée est le portugais, cela ressemble à du russe et on ne comprend rien du tout. Les paysages sont grandioses : couleurs de la roche volcanique, de l’eau transparente, de la végétation desséchée par le soleil ou au contraire luxuriante des palmiers, cactus et autre espèces inconnues.
Nous sommes arrivés à la fin du festival Christophe Colomb, qui a résidé sur cette île, et avons pu assister à des spectacles folkloriques en dégustant des sandwichs de porc grillé baigné dans son jus avec oignons, poivrons… un régal après trois mois sans bonne viande. Sans parler de la bière !!
Nous allons visiter cette ile pendant une semaine, aussi nous ne manquerons pas de vous narrer la suite du voyage.
Ici pas de neige mais la nuit nous avons remis une petite couverture.
On pense souvent à vous et espérons que ces nouvelles vous emmènent un moment avec nous.