Aujourd’hui, lendemain de Noël, nous sommes tristes, Akke est rentré au pays, ça fait un vide après 13 jours de cohabitation. D’ailleurs Gerrit aussi a fait ses valises il y a 2 jours, il a retrouvé sa famille en Martinique. Darragh reste encore jusqu’au 29 et ensuite on se retrouvera tous les 4, comme au début du voyage, mais plus riches des rencontres que nous avons faites.
Alors retour sur cette fabuleuse transat et présentation de nos co-équipiers.
Gerrit nous a donc rejoints à Mindelo le 4 décembre. Après quelques jours de rando à Santo Antao (eh oui encore, c’était trop beau), le grib météo est enfin bon pour une semaine, avec un vent annoncé à 20-25 nœuds, dans le bon sens, départ prévu pour le 11 décembre, cette fois c’est sûr. Pour ce dernier soir à Mindelo, Muriel, Michel et leurs enfants sont venus prendre l’apéro, à l’heure où le soleil se couche, c’est comme ça que ça marche ici. Dernier réglages sur la façon dont on peut recevoir les fichiers météo avec le téléphone satellite, échange de films piratés et autres guides de navigation, adresses mail…
Il est 13h, on tente le calibrage de notre pilote auto de secours, ça marche pas, tant pis on y va comme ça. On jette tout de suite toutes les lignes de pêche à l’eau et ça mord déjà : bon un petit calamar de rien du tout mais il faut le manger ça va nous porter chance !
Et ça marche. Le lendemain ce sont 3 daurades coryphènes qui viennent mordre et le vendredi 13 on « pêche » un radeau de survie avec à son bord 3 personnes.
A 200 milles nautiques de Mindelo, rencontrer un bateau à sec de toile alors que ça souffle, et un second qui revient en arrière le vent dans le nez, ça sent l’embrouille. Contact radio et là misère : we are floading, ce qui veut dire que le bateau prend l’eau. Nous restons dans les parages, le capitaine assure un max : on roule le génois, on détangonne et on se met à la cape, on attend. Finalement le bateau est condamné à partir par le fond, nous accueillons donc Akke et Darragh à notre bord et John et James embarquent sur l’autre bateau. Là où nous avons eu une chance de cocus c’est que les gars en question sont des spécialistes en convoyage de bateaux et que du coup nous avons à faire à des marins chevronnés, ce qui veut dire que les veilles de nuit vont être courtes à 5, soit 2 heures par personne. Et toujours plus chanceux, Akke et Darragh avaient toute la bouffe et les 2 autres l’eau. Ça a l’air de rien de prendre à son bord des rescapés, mais à la vue de tout leur bazar empilé dans le cockpit, nous nous sommes un peu demandés ce que ça allait donner. Mais le bateau est grand, Emma et Louanne dormiront dans le même lit, moi je réintègre le lit conjugal, et ça passe.
Comme on vient de partir et que nous sommes encore un peu vaseux, Akke prend la cuisine en main et nous concocte des espèces de ragougnasses bien nourrissantes, absolument divines, mais c’est pas tout en plus ils font la vaisselle ; Akke la fée du logis fait le ménage, amuse les filles, assure l’assistance technique informatique. Gerrit qui gérait plutôt bien avant leur arrivée s’est trouvé congédié, ça ne l’a pas gêné je crois… Bref nous avons trouvé un bon équilibre. Quand on a que des bons caractères à bord, ça ne peut que bien se passer, non ?
Cette traversée nous l’avons torchée en 13 jours, avec des nuits au clair de lune et pas mal de grains en tous genres.
So special thanks to you guys, Akke, Gerrit and Darragh. We won’t forget these nice moments shared with you.
Le mot du capitaine
La transat ne se résume pas qu’à ça. Il y a aussi dans le désordre :
- Les arcs en ciel de lune dans les grains
- La bonne pêche ; 6 coryphènes, 2 daurades et un calamar
- Les bateaux que l’on croise et recroise
- Pendant les veilles on ne regarde plus uniquement devant pour les navires mais aussi
derrière pour voir venir les grains
- Les étoiles filantes par milliers
- Un surf à 13.56 nœuds, record actuel de Paï-mé
- Des voiles d’avant en ciseaux, solution magique de facilité et tranquillité
- De longs moments à ne rien faire
- Du matériel secoué, mouillé, roulé, qui souffre
- Une drisse de trinquette qui finit sur le pont pendant la mise à la cape sèche du vendredi 13 ; le seau qui se fait emporter par une vague quelques heures après
- Trop de mélanges à l’apéro la veille du départ qui multiplie par deux le temps d’amarinage,
mais bon quand la compagnie est bonne !
- Une arrivée de nuit, sous les orages qui nous oblige à attendre le jour pendant 2h30 à la cape au large de Fort de France
- Un équipage international : Allemand, Hollandais, Irlandais et Savoisien
- Enfin un plaisir intense une fois l’ancre plantée dans le sable de l’Anse à l’Ane et le premier plongeon fait
- Une phrase clef : it’s not a problem !!
Et puis un peu de fierté d’avoir mis 13 jours alors que d’autres, que je ne nomme pas mais qui se reconnaîtront sûrement, ont mis jusqu’à 22 jours sur le même parcours.
Merci et bravo encore à tout l’équipage de Paï-Mé
Au fait, la CAPE, qu’est-ce que c’est ? Dérive contrôlée du bateau qui calme les vagues et les effets du vent sur celui-ci. En gros plus de confort pour attendre, bricoler, ou étaler un coup de vent.