Vendredi 10 octobre 2014 : Aves de Barlovento, Venezuela (30 M vers l’ouest)
On me dirait que nous sommes le 31 février que je ne serais même pas étonné ! Voilà plus de trois semaines que nous avons quitté toute commodité, signe de modernisme et populasse. Seule parenthèse dans ce voyage « vie simple » : El Gran Roque ; encore que ? Dernier bar, dernières épiceries. On ne dit plus : « je vais faire les courses. Qu’est ce que vous voulez manger ? » mais « Je vais voir ce que l’on peut manger ». « Ouah ! des œufs ; dans quel magasin ?, des légumes frais ! L’île a été ravitaillée », on fait la queue, sinon ce soir il n’y aura plus rien.
Pas d’internet, de téléphone, de magasin, de ciné, de voiture, de bruit, de lumière la nuit. Mais qu’est ce que vous foutez alors ?
Les corvées : CNED, faire le lait (pas de vache à traire alors de la poudre), le pain (pas de boulanger, Stèph est dans le pétrin) et les yaourts (pas le croupion d’une crémière à l’horizon), vider et tirer les filets des poissons (on fait le boulot de Findus), le ménage, l’entretien du matériel, faire de l’eau, du mélange 2T et le plein de l’annexe, milles bricoles.
Les récompenses : pêcher, déguster du poisson frais, explorer les récifs et découvrir de nouveaux poissons et coraux, visiter les îles, observer la nature de l’aube au crépuscule, partager avec les copains de voyages poissons, apéros sans alcool (y’en a plus), gâteaux et crèmes chocolat maison, parties d’échec …
Ça ressemble un peu à la vie à la ferme décrite par Abel et dans les livres. Et qu’elle est douce la vie à ce rythme où les seules préoccupations finalement sont de subvenir à nos besoins vitaux avec une touche de confort quand même. La nuit tombe à 18h30 et nous sommes fatigués de tout ce grand air ; on se couche comme les poules, seule Louanne regarderait bien un film par soir pendant lequel Emma s’endort systématiquement.
Nous sommes DEBORDES !!
Ce matin, dernière plaque de beurre. Etalé sur du pain frais avec de la confiture de mûres, quel délice ! Sauf qu’il a muté en Roquefort ; moins bon avec la confiture ! La boîte d’œufs, consécutivement au nettoyage du frigo, a chu au fond de celui-ci. Et de 5 œufs en moins. Pour pas gâcher, à midi ce sera cake au thon et câpres suivi d’un gâteau aux amandes. Reste deux oeufs pour les dix jours à venir.
Les Aves ce sont deux groupes d’îles, de récifs, de bancs de sable et des rifs séparés l’un de l’autre par 15 milles. La navigation s’y fait à vue, une vigie dans le mat pour mieux voir les patates de corail affleurant la surface de l’eau.
La mangrove, principal attrait des lieux, abrite une colonie de « fous à pieds rouges », des pélicans, des frégates qui nichent sur les branches des palétuviers. Cette mangrove est différente de celles que nous avons vues jusqu’alors. Les arbres sont plus grands, plus hauts comme une forêt inondée. Certains arbres, véritables perchoirs à piafs ont les branches blanches de fientes et plus une feuille ne pousse au bout. Comme les femelles couvent nous pouvons nous approcher tout près à la rame, sans faire de bruit pour pas déranger, et faire des photos pas trop moches compte tenu de notre matos. Ce matin pas de CNED, c'est classe verte ornithologie.
Bert continue à sévir, aujourd’hui c’est une grosse gorette margate qui finit au barbecue et dans nos estomacs. Pierre a pris soin de vérifier si ce spécimen est sujet à la ciguatera et la réponse est non.
Le jour suivant nous mangeons du porc chez Bleu Marie où le team Québec nous a reçus aux petits oignons. Le congélateur à bord présente quand même des avantages certains.
Au menu : rillettes de carengue, houmous, pain complet, gravad lax (débrouillez vous avec la cuisine de A à Z pour la recette) de daurade coryphène et daurade fumée au bois de hêtre, suivi d’un filet de porc farci aux pruneaux et recouverts d’une croûte au café, épices et vodka, le tout accompagné d’un gratin de pétates (c’est patates en québécois) et baba au rhum à l’orange en dessert, une pure folie. Il ne manquait que la pyramide de ferrero rochers de l’ambassadeur…
Jeudi 16 octobre 2014 : Aves de Sotavento, Venezuela
Un petit saut de puce et nous voilà à l’archipel des Aves de Sotavento. Ici beaucoup moins d’oiseaux, beaucoup moins de moustiques et beaucoup plus de plages pour Emma. On mouille au milieu des patates de corail et on essaie de les abîmer le moins possible, snorkeling (ouais, c’est comme ça qu’on résume palmes, masque, tuba. On pourrait aussi dire PMT, enfin bref…) depuis le bateau. Petite déconvenue toutefois : des yachts vénézuéliens sont mouillés en avant de nous et leur maudite pompe de fond de cale s’est mise en route, déversant une flaque de gasoil de la taille d’un terrain de foot. Et ça pue, la coque est toute luisante, il faut couper le dessalinisateur, une grosse misère quoi. Il faudrait pouvoir leur faire payer, tiens ! On pousse notre coup de gueule, mais ils ne nous entendent pas et de toute façon, ils s’en contrefoutent.
En discutant avec des voileux locaux, la situation au Venezuela serait aussi catastrophique que lorsque ça allait super mal en Colombie et visiblement ça va pas s’arranger dans un futur proche. Au Venez tout est permis si on a de quoi « arroser » large avec whisky, clopes, chocolat, dollars… Et pour les touristes éviter le pays (continent et îles proches), danger !
La différence entre les Roques et les Aves se situe sous l’eau. Là où l’on chassait dans deux mètres d’eau il faut plonger entre 8 et 15 mètres pour trouver la même taille de poisson et encore ils se méfient, habitués à être chassés. Après plus d’un mois en autonomie quasi-totale (il y a toujours un bateau pour nous dépanner) il est temps de rejoindre la civilisation mais pour une seule raison : la BOUFFE. On se prend à avoir envie de viande, hamburgers, glaces, pizzas, salade, fruits… Du coup nous faisons route sur BONAIRE petite île hollandaise avec une économie bien à l’européenne, bien rentable : écologie durable (ment lucrative).
On espère aussi une bonne averse car le bateau aurait bien besoin d'eau douce... Quand je pense qu'en France il pleut régulièrement alors qu'ici, pas une goutte depuis 1 mois et demi. Pas facile tous les jours !
Mais c’est une autre histoire que l’on doit d’abord vivre avant de vous la raconter !
Alors A+