Salut la compagnie,
Voilà un mois et demi que nous sommes à Cuba dont voici l’histoire simplifiée :
Après moult combats l’île de Cuba est espagnole. Tout l’or pillé aux Amériques y est fondu en lingots avant expédition avec épices, sucres, bois rares… vers l’Espagne. Les espagnols prospèrent, ce qui déplait aux ricains voisins. La CIA du moment donne un coup de pouce à la révolution qui libère le peuple cubain du joug hispanique en échange d’une base militaire, Guantanamo, et d’un gouvernement en « accord » avec les intérêts américains : Batista en bon dictateur tue, torture, opprime, détourne !
Première Révolution avortée ; commando exterminé à Haïti.
Deuxième tentative : le CHE, mercenaire idéaliste, donne un coup de main. Batista se tire. Fidel Castro président. VIVA LA REVOLUTION, VIVA LE PCC.
Boulot terminé le CHE se tire foutre la merde au Congo, puis en Bolivie où il est assassiné en 1967 par la CIA (c’est ce qui est écrit dans le guide touristique), Fidel en bon dictateur tue, torture, opprime, détourne !
Devise du PCC : à moi le steak, à toi la salade ! La population trinque (à l’eau) !
Deux ans plus tard, la CIA (toujours) entraîne au combat les cubains exilés pour une contre révolution (baie des cochons), les bandidos se heurtent à la population qui soutien la dictature. Un carnage.
Aujourd’hui Fidel, 88 ans, pas mort mais retiré, Raoul son frère, chef des armées, dirige. Lui aussi a de la bouteille et derrière lui, on ne sait pas… Dans un état totalitaire, l’Etat n’est jamais perdant, tout passe par lui et les initiatives personnelles s’en trouvent totalement entravées.
Levée de l’embargo, certes, mais les choses ne vont pas changer comme ça, tout est certainement déjà bien négocié entre Obama qui veut laisser son nom dans l’histoire et une poignée d’investisseurs (toujours les mêmes), quoi qu’on en dise, les négociations ne font pas que commencer, elles continuent. De toute façon on ne sait rien, la presse locale n’écrit que ce qui doit être connu, pour le reste, c’est l’omerta. Les touristes sont canalisés dans des lieux où les cubains de base n’ont pas accès (forces de l’ordre et vidéo surveillance) et pour les autres, tout est bien orchestré pour nous prendre nos CUC.
Cienfuegos
Il nous faut prolonger notre visa. Renseignements pris, timbres fiscaux achetés, fausses attestations d’assurances imprimées (vive Photoshop) nous traversons la ville à pied (une heure à tourner en rond) et faisons plus de six heures de queue pour avoir nos visas. C’est bon jusqu’au 17 février.
L’ambiance générale à Cienfuegos est bonne, on marche jusqu’à la ville, on respire un peu mieux ici, c’est moins pollué on dirait. Il y a toujours autant de monde en ville, devant les banques, dans les commerces, à la panaderia, partout nous continuons de faire la queue, du temps nous en avons, pour la patience, ça s’arrange.
On ne se baigne pas, la baie est gavée de méduses, c’est la période de reproduction en plus, bonjour l’angoisse, ça devrait être interdit…
C’est pas grave parce qu’on part pour la Havane, à nous la capitale.
Habana Vieja
La Havane ça plait ou pas ! alors je vais laisser Stèph raconter.
Alors la Havane, comme toutes les capitales, c’est super bien dès l’instant où t’as un budget vacances à éclater, là tu ne te prives de rien, tu sors le soir, tu manges au resto, tu vas écouter de la musique dans les casa de musica en sirotant ton cuba libre ou ton mojito (ou ta piña colada si tu préfères), tu te fais tous les musées, tu te promènes en calèche ou en taxi, tu fais les excursions en car et t’es bien content car tu as vu de beaux endroits et fait de belles photos. Tu peux même avoir de belle « pépé » pour 60€ la nuit y parait !
Pour nous, navigateurs au long cours, c’est un peu différent. Mais bon moi j’ai bien aimé, et les filles aussi : pas de popote, pas de vaisselle, les vacances, de nouveau dans un grand lit avec mon querido marido (avec les filles aussi !), pas de soucis.
Le musée de la révolution est à éviter, à moins d’apprécier de voir des vieilles vestes tâchées du sang des combattants, des armes, une vieille machine à écrire, des instruments de torture, la tasse dans laquelle machin a bu son café ou encore une guitare avec laquelle bidule jouait en tôle, avec en plus pas mal d’inconnus et les traces d’impacts des balles qui ont été tirées à l’intérieur du patio… Les jeunes étudiants en sortie scolaire qui pourtant doivent bien connaître l’histoire de leur pays avaient l’air de s’ennuyer à mourir.
Sans parler de la face du Che qui s’affiche de partout, je me demande si ça lui plairait. Quand le marché va s’ouvrir aux chinois, on a pas fini de le voir, peut être même sur des slips ! (les strings c’est trop petit ou alors juste pour imprimer son cigare)
La Havane allez-y, c’est très beau, mais prenez du pognon ! (et un masque à gaz)
Viñales
C’est bien joli au niveau de la vue mais à part ça, c’est cher (dixit Louanne). Viñales est aussi appelée la Vallée du silence, alors à part les 20 camions et tracteurs qui passent le matin tôt et les 300 coqs qui poussent la chansonnette, on peut dire qu’elle porte bien son nom !
On s’est fait des belles balades en fond de vallée, car pour la montagne ou les grottes, il faut un guide et nous on en veut pas ! Le paysage est quand même grandiose avec les mogotes en toile de fond, le vert pétant des plantations de tabac contrastant avec le rouille de la terre. Le sol est travaillé avec des bœufs, les chevaux transportent et les rares tracteurs fument.
On est un peu comme les touristes qui viennent à la montagne : au début la neige c’est chouette, c’est beau et au bout d’une semaine d’acharnement à la pelle pour virer cette p….. de neige pour sortir l’auto, vivement qu’on se casse. Eh bien nous c’est pareil, Cuba ça dépayse, les voitures trop cool, les gens trop sympas et au bout d’un mois et demi, vivement qu’on se casse.
Trinidad
Ah oui, c’est tout mignon, la Plaza Mayor ne reçoit que les touristes et les professionnels de la bouffe, ainsi que les loueurs de casa particolar. Les bus déversent leurs occupants et les musiciens les attendent pour jouer un morceau. Les façades donnant sur les rues piétonnes sont toutes bien repeintes, mais seulement sur les faces visibles. Tout n’est que tape à l’œil. En dehors de l’espace réservé se trouve toute une population qui fait la manche et nous réclame des savons, des stylos, des vêtements. Ils ramassent les cannettes en alu pour les revendre, idem pour les bouteilles en plastique qui sont réutilisées. Dans le Trinidad « neuf », pas grand-chose, comme partout.
Trinidad c’est aussi de la belle broderie hardanger et crochet, chapeaux et vannerie.
Du coup, Santa Clara ou encore la Baie des Cochons, on va s’abstenir… Par contre on attend veille de voir Cayo Largo, dernière étape de notre aventure au pays du Che, mais ça c’est une autre histoire…
D’après moi, Bert, Raoul a bien compris certains penchants du capitalisme comme le tourisme et le profit que l’on en tire. Dans notre guide vieux de 3 ans, à Viñales il n’y a qu’un restaurant et un commerce ; maintenant c’est 2 banques, 1 cadeca, 20 restos, 3 supérettes « cubaines », une dizaine de tours opérateurs, agences de taxi, autobus… et la moitié du village qui loue des chambres. Seule une volonté politique peut faire cela à Cuba. Comme à la Havane et Trinidad, les bus chinois (de l’état) déversent quotidiennement des flots de touristes comme chez nous à Cham, à Paris…
Le tourisme est organisé pour nous montrer ce qu’ils veulent que l’on voie. C’est propre, joli, des gens sympas, respire la bonne économie. Pour cela c’est facile il suffit de maîtriser les transports et lieux d’hébergement.
Pour voir le vrai Cuba brûlez votre guide, louez une voiture, essayez les bus locaux, le train si pas pressé, restez longtemps et confrontez-vous à la vie des cubains : queue dans les magos, banques, pénurie de tout, administrations nombreuses, système D pour trouver le nécessaire et le superflu. Pourtant certains s’en sortent. Bien sapés à la dernière mode, Iphone, voiture neuve.
J’ai l’air déçu, oui et non. Cuba reste une super destination, pas trop cher (2€ la bière, 10€ la langouste, 25 à 40€ la nuit à quatre, en CUC) mais on peut aussi manger pour 2 € (en CUP) à 4, sandwiches et pizzas dans la rue.
Dépaysement assuré, beaux paysages, tous les gens rencontrés venant à Cuba sont ravis, d’autant qu’il fait beau. Cuba c’est un peu un musée à ciel ouvert, un parc d’attraction genre « PCC Land ». 20 à 75 ans de retard !
Reste toujours cette impression qu’on mange leur pain ; faut que le touriste soit content ! On peut tout se payer pas eux, des zones interdites aux cubains et réservées aux touristes étrangers et nationaux (politiques, militaires, sportifs de très haut niveau, rois de la démerde) comme Cayo Largo. Reste aussi ces regards envieux ou blasés que l’on nous jette même fringués comme des pagus !
Il y a aussi cette barrière de la langue. L’espagnol que seule Stèph comprend et baragouine, ça n’aide pas.
Enfin la liberté que nous avons depuis 18 mois en a pris un sacré coup. Ne pas pouvoir faire ce que l’on veut et uniquement ce que l’on peut m’est difficile.
Et la pollution ! Et nos beaux sinus que nous avons mis un an à nettoyer ! Tout à refaire !
Cuba est une belle destination pour voir ou nous confirmer que tout le monde ne vit pas comme nous. Mais qu’on ne se leurre pas les Cubains ne sont pas tous heureux de vivre, pas mal d’entre eux cherchent à quitter le pays, à 18 sur un radeau de fortune à moitié immergé dérivant vers le Yukatan ou en volant une annexe direction la Floride, soit 100 milles nautiques, une pure folie.
Pour finir, une chose est sûre je ne voterai pas pour le PC aux prochaines élections.
Note du mousse Cnedeur* :
Cuba, c’est quand même classe !
La Havane est une jolie ville. C’est sûr, ça reste pollué mais il ne faut pas exagérer. Les rues sont toutes pavées dans la vieille Havane, il y a des restaurants sympas où les musiciens jouent bien (mieux que moi au piano, c’est sûr). Il y a des places avec des gros ours en plus qui représentent chaque pays, la France était magnifique.
Alors Viñales, la vue est belle mais la ville est trop touristique, il y a par contre des belles balades autour des mogotes. Le truc moins cool c’est que dès que tu veux visiter une grotte, tu payes, tu veux visiter autre chose, tu payes. Et puis, tout en CUC, faut pas exagérer !
Trinidad, j’ai pas aimé, ou plus tôt j’ai pai-mé, c’était un peu la ville fantôme. Tu arrives, tu montes sur une petite butte pour voir la vue, elle est belle. Tu descends, il y a beaucoup de touristes, quelques vendeurs et voilà. Après, on visite un musée, sur la révolution, normal (même pas intéressant) puis nous cherchons les pizzas queso (fromage). Là, à notre grande surprise, dans les rues où il y avait plein de touristes 1h30 avant, il y a plus personne. Tu pourrais te croire abandonné, carrément ! Soit il y a un trou dans les horaires de bus, soit ils sont tous à table. Il y en a qui disent qu’il faut louer une chambre et tout, mais une fois que t’as visité 2 boutiques, 3 musées, tu as juste envie de revenir au bateau regarder un film !
Ouais, il y a plusieurs versions de Cuba ! Moi, je trouve qu’on a pas fait le détour pour rien. En parlant de tout et de rien, je peux préciser que je suis contente d’avoir un sac de couchage, la nuit, on le supporte. En plus, ça me rappelle le camping, on n’en fait pas souvent !
* Venant du mot Cned c’est faire de l’école. Je me moque un peu !
Internet
Internet à Cuba c’est un peu la même histoire que le fromage à Vinales. Il y en a tout un stock dans le magasin
mais tu peux pas l’acheter car la balance est en réparation !
A la Havane il n’y a que deux hôtels 4 et 5 étoiles qui ont le WIFI. Ailleurs les gens ne connaissent pas ce mot.
Il faut donc trouver un ordi dans un cyber, un hôtel, une casa qui veut bien, et allez faire la queue pour acheter, quand il y en a, une carte avec les codes de connexion. Les prix sont à la tête du client : de 4 à 8 € l’heure et le débit fluctuant. Il faut savoir que les cubains possèdent un téléphone pour les appels nationaux, ils doivent également acheter les cartes pour l’international. A voir également qu’une minute de téléphone vers la France coûte 4 CUC (un peu moins de 4€), hallucinant ! Hallucinant de constater à quel point nous sommes libres chez nous, quand nous ne sommes pas totalement aliénés par nos mobiles ou nos réseaux sociaux…
Sachez quand même que c’est une aventure à chaque fois et c’est pourquoi les nouvelles sont rares et les mails bruts de décoffrage. Mais comme on dit chez nous, pas de nouvelles, bonnes nouvelles !
Cayo Largo
Ça y est, on quitte la ville, en route pour Cayo Largo, on fait une halte à Cayo Guano del Este. Là on prend le temps de visiter l’îlot, mais nous ne pourrons pas monter en haut du phare, dommage… Bert nous ramène quand même deux belles langoustes. On prend bien des grains toute la journée, le bateau est de nouveau propre, bien astiqué au balai brosse, et à 22h le vent souffle à 22 nœuds, avec une houle qui forcit à vue d’œil, il nous faut appareiller maintenant. Un coup de vent NW nous oblige à quitter les lieux en pleine nuit, oh joies de la plaisance ! En prime, le spectacle d’une trombe en arrière plan de l’Avenir.
On rencontre les civils en poste au phare pour 30 jours, on cause, on cause, on nous montre les belles batteries, de marque française, attention, tout comme les ampoules.
On apprend également qu’on peut manger les espèces d’escargots collés aux rochers, qu’avec une « cerbezita » c’est « bonito ». Comme on est prêts à tout, on a goûté, beaucoup de travail pour pas grand-chose, on peut pas dire que c’est mauvais, non, c’est pas bon non plus… Faut y voir chez soi, comme on dit. Mais comme dit Bert, ici t’es à Cuba, ils bouffent n’importe quoi, ça fait toujours quelques protéines.
Au petit matin nous prenons une bonne douche le long de Cayo Largo, tombée du ciel, la fin du coup de nord, les fameux « notherns » qui font descendre la température de l’air, mais aussi celle de l’eau qui n’est plus qu’à 21°, eh oui, quand on a connu des eaux à 29°, ça fait un choc.
9 km de plage, ça vous parle ? Voyez plutôt.
Notre escale à Cuba s’achève dans cette piscine turquoise, nous avons un bon créneau météo pour descendre sur Grand Caïman, alors bon vent !