Grand Caïman – San Blas : dans les 600 milles, 5 jours et 4 nuits, pas malades, il faut dire que les mouillages de Grand Caïman étaient tellement rouleurs que nous étions déjà passablement acclimatés.
Les San Blas, depuis le temps qu’on en parlait, nous y voilà, bien contents de pouvoir enfin hisser notre pavillon panaméen, cadeau de Petite Terre au capitaine, qui ornait notre carré depuis une bonne année.
Les San Blas c’est comment dire, un avant-goût du Pacifique, une myriade d’îlots couverts de cocotiers baignant dans une eau limpide, des couleurs à couper le souffle.
Passées les formalités d’entrée, et donc le paiement de la redevance, soit 100 USD par personne pour le visa + 193 USD pour le permis de navigation et les 40 USD de pénalité car nous sommes samedi, c’est-à-dire en dehors des heures d’ouverture des bureaux, nous voilà bons pour 1 an à Panama. Aujourd’hui nous sommes chanceux, ils ont oublié de nous facturer les 20 USD par personne pour les Kunas (prononcer kounas).
Pas de bol, 10 jours plus tard ils nous retrouvent et pan : 60$ de plus. Et là je suis tenté de dire « ispice di counasse » !
La spécialité locale c’est le Mola. Rien à voir avec Homard, le Mollah. C’est « un textile artistique traditionnel fabriqué à la main par le peuple Kuna Yala, de Panama » (Cf Wikipedia ; je ne m’embête plus à faire de belles phrases). De la fine couture à la main, avec broderie demandant un mois de travail pour un beau mola traditionnel. Donc les formalités finies, les pirogues arrivent pour le grand déballage. Un peu comme au Maroc avec les tapis. Sauf que là les vendeurs sont calmes, patients (pas chiants), voir timides excessifs.
Bon, on en prend un pour se débarrasser puis 3 plus tard parce qu’ils sont plus beaux et enfin 4 troqués contre des vêtements trop petits, des serviettes, des savonnettes.
Autre spécialité locale, te piquer 2 ou 3$ par tête pour poser un pied sur la plage. Mais là, en bon français, on arrive en maillot de bain, pour ainsi dire à poil et donc sans pognon ! « Allez circulez, c’est bon pour cette fois ! » Malin, non ?
Les San Blas sont un parc national : rien le droit de faire. Ni plongée, kite, surf, planche, pêche sous marine…
Sauf que nous sommes à Panama et que chacun fait ce qu’il veut tant qu’on fait attention aux contrôles. Et les kunas sont les premiers à braconner : plus de gros poissons, lambis, des langoustes ridicules et une faune sur la défensive impossible à chasser. En plus il y a de vrais requins qui filent les miquettes quand tu chasses. Alors on finit le stock de boites de saucisses, poulet. Les plaisanciers, et il y en a un gros paquet, sont certainement responsables d’une part de ce carnage, les kunas essayant de gagner trois sous de leur pêche.
Les touristes chassent aux fusils, les gardes du parc les confisquent et les revendent aux pêcheurs Kunas.
Les Kunas habitent des îles surpeuplées à moins d’un mètre d’altitude, sur pilotis, proches du continent. Un gros groupe électrogène fournit l’électricité et l’eau vient des Rios voisin en bidon par Lanchas.
Sur les îles éloignées des huttes en bambou, palmes de cocotier, planches et tôles recyclées. Pas d’eau potable à moins de 9 milles. Alors l’électricité c’est seulement pour les plus riches qui font du business avec les gringos, touristes : bars, restos, camping, plages payantes. Le seul « corpulent » que nous ayons croisé tient le bar où s’arrêtent les bateaux de croisière !
Pour les moins bien lotis, c’est pirogue, cuisine au feu de bois, commodités sur le palier et consanguinité. Par contre ils ont toujours le sourire et semblent dépourvus de malice. J’ai été stupéfait au cours d’un match de foot avec deux jeunes de ne pas recevoir un coup bas, tacle, coup de savate comme d’accoutumée chez nous. Aucune mauvaise fois, ni erreur d’arbitrage. Du fair-play. Il a fallu que je me tienne du coup !
Ils font commerce de la noix de coco pour la copra, ont un jardin sur le continent pour les légumes, vendent et troquent leurs Molas pour le reste.
Leurs pirogues, vélos de la mer, proviennent de troncs d’arbres coupés dans la forêt continentale et ramenés à l’embouchure des rios pour y être taillés à la main. En bois massif elle dure la vie d’un homme. Mu à la pagaie, avec une perche ou mieux à la voile elles transportent deux à quatre personnes, plus du menu fret : bois de cuisine, eau, poisson… enfin tout ce qu’on mettrait dans le top case d’un scooter.
Elle se manie comme un canoë casse gueule. Imaginez la pirogue que j’essaye avec une voile de 4 m², un barreur et un autre pendu au rappel par un bout de corde : un jeu d’équilibre pas facile du tout pour nous mais un moyen de transport quotidien pour eux.
Pour les gros transports, grosses pirogues ! Mais avec un moteur cette fois. Les Lanchas modernes en fibre prennent quand même le dessus.
Mon plus grand plaisir aux San Blas c’est…… le fruitboat ! Tout les quatre jours une lancha fait le tour des mouillages pour vendre les légumes, fruits et œufs cultivés sur le continent : pastèque, melon, banane, maracuja, orange, ananas, tomate, salade, patate, banane plantain, poivrons, cucurbitasés diverses… Que du bon, que du goûtu, que du bio. Quel plaisir après les légumes aux normes grandes distributions US des Caïman. JP Coffe aurait dit : « Mais c’est de la mmmmerrrrdeee ! »
Bon par contre dans ces îles presque paradisiaques je me fais quand même un peu royalement ch..r !(je vous laisse deviner ; un indice : ie). Alors nous allons lever l’ancre pour explorer l’autre partie du parc : le continent et sa forêt tropicale, ses rios et ses villages Kunas.
Dans les villages on trouve de tout si l’on a besoin de pas grand-chose. Mais quand même : écoles, banque (une), alimentation, boulangerie chez l’habitant, restaurant.
Les maisons de briques ou surtout traditionnelles en bambou, rue en sable, terrain de jeu pour les gamins, terrain de sport (volley, basket), la population jeune et active, WC et salle de bains au-dessus de l’eau (j’vous raconte pas la couleur de l’eau du mouillage) ; mais tout cela respire la joie de vivre.
Le gros problème : la gestion des poubelles. Tout à la mer ! Ou en remblais pour faire des polders.
La remontée en annexe du Rio Diablo nous dévoile les terres agraires de tout ce petit monde. Attention aux crocodiles et surtout aux moustiques forts agressifs dès que l’on rentre dans les terres. Nous avons du faire demi tour car mal préparés. Heureusement on a la paix sur l’eau et se baigner dans de l’eau douce est un vrai plaisir. La peau est bien plus douce, agréable au toucher, les cheveux plus soyeux que dans l’eau de mer. Ça donne envie de … tripoter !
Notre escale aux San Blas se termine sur Cayo Chichime, destination farniente par excellence, camping sous les cocotiers et hamacs suspendus.
Nous aurons eu pendant ces 3 semaines du ciel nuageux et des averses justes suffisantes à mouiller l’intérieur du bateau. Ce temps serait dû à el niño, un phénomène météo qui vient bousculer les vents et déstabiliser le climat ; ça va, si le réchauffement des eaux du Pacifique s’accentue, perturber le bon régime d’alizés qui habituellement pousse gentiment les voiliers vers la Polynésie. Au lieu ça, nous risquons d’avoir du vent de face, très changeant, voire pas de vent du tout, bref des conditions très incertaines, pour une navigation qui s’annonce longue, on verra bien…

