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TASMANIE C'EST FINI

Publié le 9 Mai 2017, 06:35am

Nous nous sommes jetés sur les routes de Tasmanie la fleur au guidon, ou plutôt comme les morpions sur le bas-clergé, forts de notre expérience néo-zélandaise et tout galvanisés par ce qu'on nous avait dit, à savoir qu'après la Nouvelle-Zélande, la Tasmanie serait « a piece of cake ». Il ne faut jamais croire les gens, ils n'ont aucune mémoire, et si les routes ils les ont parcourues en charrette, alors là c'est sûr, il ne faut pas les écouter. Nous voilà donc lancés à l'assaut de la côte ouest, ça monte, ça descend, ça monte, ça descend, le goudron ressemble à un crumble bien brûlé, la croûte pour sa surface et le brûlé pour la couleur, j'ai encore jamais vu jusque-là de tarmac couleur miel... Bref je disais ça monte, ça descend, c'est les montagnes russes, sauf que là c'est moi qui propulse, j'ai les flûtes en feu, les pieds en ébullition dans mes caisses à fleurs, les esgourdes qui croustillent façon pop-corn et le souffle court d'un fumeur invétéré qu'a pompé ses 4 paquets de cibiches par jour pendant 30 ans. Constatez que j'en bave façon escargot déposé sur une fourmilière et ça me surprend quand même, cinq mois de petite reine ça devrait pas compter pour du beurre !

Heureusement il fait un temps incroyable, le baromètre s'est bloqué au beau fixe et c'est tout à fait anormal, mais c'est tout à fait à mon goût, alors on y va quoi, on profite qu'il pleut pas pour s'envoyer la côte ouest qui comme toutes les côtes ouest sont généralement copieusement arrosées dans ce coin-ci de l'hémisphère sud. Et on y va vite parce que quand on va doucement, des petites mouches à la con viennent se coller sur nos tarins et nos joues, c'est à cause des vaches y paraît, mais bon faudrait pas qu'elles confondent, les mouches, t'as déjà vu des vaches avec des casques de vélo ? C'est ainsi qu'à force de cravacher comme des jockeys dans la dernière ligne droite du quinté de Vincennes, poussés par le vent, on s'est farci 80 kilomètres de route gravillonnée, mordu la poussière et bouffé du sable, pas moyen de s'arrêter avant faute de rivière pour le plein d'eau et pour les ablutions, c'est important les ablutions, sinon on a les bonbons qui collent au papier, enfin monsieur a les bonbons qui collent au papier et ça l'empêche de bien dormir, nous autres avons également des choses qui collent, mais je vais pas vous faire un dessin. On voudrait bien faire un peu de tourisme, mais sur nos biclous c'est pas facile : il faut un endroit calme et sympa, ce qui ne manque pas en Tassie, mais il nous faut aussi de l'eau pour les raisons que je viens d'évoquer, mais aussi parce que c'est vital, et la bouffe, ou plutôt l'absence de bouffe qui fait rapidement sortir les Bott du bois, trois-quatre jours d'autonomie c'est un peu court, mais on peut pas stocker davantage. C'est sûr j'aurais bien emmené mon vanity, mon épilateur-sèche-cheveux-thermomix-yaourtière tout en un, ma collection de J'aime lire, mon coin-coin en plastique, deux ou trois robes de soirée avec les grolles qui vont avec, une caisse de Gevrey Chambertin 1956, parce qu'en 54 l'hiver avait été trop froid, un balai avec sa pelle, la table de ping-pong, un chiotte chimique, comme ça on aurait été self-contained, un moule à farcement, un canapé-lit, un poele à bois, bien pratique pour sécher le matos après une saucée des familles, mais Bert m'a dit : « Là il va falloir te séparer de deux ou trois trucs ». Autant demander à Madonna de se séparer de ses gardes du corps !

Maria island, fossiles, pont hérissé
Maria island, fossiles, pont hérissé
Maria island, fossiles, pont hérissé
Maria island, fossiles, pont hérissé
Maria island, fossiles, pont hérissé

Maria island, fossiles, pont hérissé

Nous pédalâmes donc 15 jours non-stop, toutes les conditions n'étant jamais réunies, ah si, un jour bloqués dans un camping à cause qu'il pleuvait des hallebardes, mais un jour ça compte pas, on a fait le point et on s'est dit qu'à ce train-là on allait la torcher en un mois l'île en forme de cœur. On a déplié la carte et on a fait un planning, ouais comme je vous le dis, et on a mis des points rouges là où on pouvait raisonnablement espérer pouvoir coincer la bulle, à commencer par Hobart, la capitale, eh oh, détendez-vous, c'est pas New-York, Paris ou Tokyo, c'est tout petit Hobart. On s'est trouvé un warm-shower, nous savez ces inconnus qui vous accueillent chez eux et qui savent exactement ce qui vous manque, d'ailleurs comment ont-ils su pour mon coin-coin ? Bref ils savent mais ils ont oublié de mentionner qu'ils crèchent au sommet de la colline avec cerise sur le gâteau ou « jewel on the crown » un putain de raidillon , de quoi succomber à une syncope à seulement deux pas du buffet et de l'eau chaude. On nous accueille chaleureusement comme si on était de la famille, à un détail près quand même, on jacte pas exactement le même jargon. Le nid douillet est une vraie ménagerie, à commencer par les poules qui balancent leurs fientes partout devant la porte d'entrée, en moins de temps qu'il n'en faut pour dire ouf nos pingos sont beurrés de gouache blanc-gris-vert caca d'oie ou approchant, de l'art abstrait qui n'a pas droit de séjour à l'intérieur de la bicoque. Il fait 27°C dans la taule contre 15°C à l'extérieur, en l'espace de cinq minutes nos faces ont viré au rouge cramoisi, comme si on avait pris un aller-retour après s'être faits chopper par nos vieux en train de cloper dans les gogues du camping des flots bleus, ça plus nos chaussettes fumantes qui exhalent cette odeur délicate de pisse de chat qu'on ne peut même pas accuser car de chat dans cette maison il n'y en a pas, sans quoi il boufferait la perruche qui volate de partout et qui fait un foin d'enfer. Bienvenue chez nous, la salle de bain est juste là sur la droite, message reçu cinq sur cinq. Ce sont des gens charmants, on s'est rempli la panse, avons barboté dans le bazar à bulles, joué de la brouette au jardin et pioncé dans la cabane des mouflets à côté du poulailler, picturesque ! Pas une minute de répit parce qu'on l'a bien cherché, bien sympa en tout cas.

La petite que j'appelle cuisse de mouche depuis qu'elle pédale en leggin noir n'a pas pu s'empêcher d'emporter un souvenir de la capitale, son tarbouif s'est transformé en ferme ostréicole, de quoi rechaper les coquilles des restaurateurs du coin, à défaut c'est sur le bitume qu'elle expulse son lait concentré usant de la technique dite « à la russe », de loin la plus efficace quand on est à vélo et qu'on s'appelle pas Shiva, le tire-gomme c'est bon quand on est à l'arrêt. Dans ces conditions on évite de lui sucer la roue et vous comprendrez aisément pourquoi. En parlant de sucer la roue, notre duo de choc a tellement sucé celle de la remorque qu'il s'y est empêtré et ils ont versé dans le fossé, Emma a valsé dans les buissons, Bert a mené la danse comme il a pu, heureusement pas de bobo. Et le lendemain c'est moi qui ai fait le spectacle : en me bourrant dans l'accotement pour laisser passer un camion, j'ai ripé dans le sable et je me suis vautrée façon merde molle, là encore pas de bobo mais une leçon à retenir : c'est la dernière fois que je me tasse pour les caisseux, les accotements de la Tasmanie sont pourris, pas du tout faits pour ce genre de manœuvre, même les voitures s'y mettent au tas, c'est dire ! Comme vous le voyez, on s'éclate, dans tous les sens du terme, des vacances bien remplies en somme.

Il y a pas longtemps, on venait de déballer la croque de midi, la sacro-sainte salade de riz mayonnaise, quand une dame s'est approchée et nous a gentiment invités à venir crêcher chez elle, dans son « shack » (cabane de pêcheur), tu parles d'une cabane, un palace ouais ! Salle de bain privative, padocks pour tout le monde et une invitation à partager un bout de chien au barbec pas piqué des hannetons, le tout dans la joie et la bonne humeur. Le champ de tir étant plutôt moelleux, c'est avec le dos en vrac qu'on s'est levés Bert et moi, et n'allez pas croire que c'est d'avoir fait la bête à deux dos toute la nuit, parce que pour ce qui est du devoir conjugal, on accuse un certain retard.

Quant à mon bain de siège dans les 50è hurlants, je crois que ça va pas être possible, la pointe la plus basse de Tassie ne dépasse pas les 45è de latitude sud. J'ai quand même barboté deux fois dans la grande marre aux canards, histoire de pas faire ma Sissie, mais faut bien avouer que j'ai pas pris mon pied, plutôt les jambes à mon cou direction la plage.

Bay of Fires, pare-buffle, Freycinet Peninsula, Bicheno, cignes noirs
Bay of Fires, pare-buffle, Freycinet Peninsula, Bicheno, cignes noirs
Bay of Fires, pare-buffle, Freycinet Peninsula, Bicheno, cignes noirs
Bay of Fires, pare-buffle, Freycinet Peninsula, Bicheno, cignes noirs
Bay of Fires, pare-buffle, Freycinet Peninsula, Bicheno, cignes noirs
Bay of Fires, pare-buffle, Freycinet Peninsula, Bicheno, cignes noirs
Bay of Fires, pare-buffle, Freycinet Peninsula, Bicheno, cignes noirs
Bay of Fires, pare-buffle, Freycinet Peninsula, Bicheno, cignes noirs
Bay of Fires, pare-buffle, Freycinet Peninsula, Bicheno, cignes noirs
Bay of Fires, pare-buffle, Freycinet Peninsula, Bicheno, cignes noirs
Bay of Fires, pare-buffle, Freycinet Peninsula, Bicheno, cignes noirs
Bay of Fires, pare-buffle, Freycinet Peninsula, Bicheno, cignes noirs
Bay of Fires, pare-buffle, Freycinet Peninsula, Bicheno, cignes noirs

Bay of Fires, pare-buffle, Freycinet Peninsula, Bicheno, cignes noirs

Les grands sportifs n'étant généralement pas des flèches côté intellect, attention il peut y avoir des exceptions, je disais donc pas toujours très fins de l'entendement, pour casser cette mauvaise réputation nous sommes allés traîner nos guêtres au musée MONA (Museum of Old and New Art), un gourbi qui s'étale sur 3 étages sous-terrains faisant l'objet d'une controverse, son milliardaire de propriétaire David Walsh ayant eu le goût douteux à priori, de mélanger art contemporain avec reliques en tout genre, il paraît que ça se fait pas. On est sorti de là tout moulus, ils ont raison les sportifs, la culture c'est éprouvant, à consommer à dose homéopathique, j'entends d'ici vos gnagnagna. Bon personne n'avait mentionné que le thème du MONA est basé sur le sexe et la mort, je comprends mieux pourquoi on nous a régulièrement alpagués avec des « Vous savez ce que contiennent ces salles, n'est-ce pas ? ». « Bien sûr, évidemment ! » A notre grande surprise, 400 moulages de vagins s'étalaient sur les murs et c'est avec un vif intérêt pour l'art que nous nous sommes amusés à comparer les formes et la taille du buisson, du moins sur les 20 premiers moulages ; l'artiste était sûrement un disciple d'Austin Powers qui avoue dans un film (eh oui, moi aussi j'ai de la culture) : « Je n'oublie jamais une chatte ». Pour le reste, des photos de nus, des sculptures très éloquentes, des boîtes à sardines qui, faute de contenir le fameux poisson gris dans son huile étalaient braquemarts, moules, bouches et nibards, appelons ça de l'éveil...

Il fait depuis trois jours un temps à ne pas mettre de clebs dehors, nous voilà contraints à tuer un peu de temps à St Helens, coincés dans sous la tente ou à la librairie. Il pleut jamais sur la côte est, mon cul oui ! C'est bien comme partout, sauf que là on veut la voir sous le soleil la Bay of Fires, avec un nom pareil ça doit déchirer les yeux si toutefois Râ daignait nous honorer de sa divine présence. Vous voulez que je vous dise ? La Bay of Fires ça chie la classe pour reprendre la fameuse et non moins très éloquente expression de Tanguy, du granit orange vif, ça pète sur le bleu de la mer.

Feu de joie, Bay of Fires, granit orange, LE calamar, seule prise de Tasmanie
Feu de joie, Bay of Fires, granit orange, LE calamar, seule prise de Tasmanie
Feu de joie, Bay of Fires, granit orange, LE calamar, seule prise de Tasmanie
Feu de joie, Bay of Fires, granit orange, LE calamar, seule prise de Tasmanie
Feu de joie, Bay of Fires, granit orange, LE calamar, seule prise de Tasmanie
Feu de joie, Bay of Fires, granit orange, LE calamar, seule prise de Tasmanie
Feu de joie, Bay of Fires, granit orange, LE calamar, seule prise de Tasmanie
Feu de joie, Bay of Fires, granit orange, LE calamar, seule prise de Tasmanie
Feu de joie, Bay of Fires, granit orange, LE calamar, seule prise de Tasmanie

Feu de joie, Bay of Fires, granit orange, LE calamar, seule prise de Tasmanie

Cherchez l'erreur
Cherchez l'erreur
Cherchez l'erreur

Cherchez l'erreur

J'étais tellement désespérée de pouvoir enfin voir les animaux sauvages du coin que je commençai à tirer les portraits des crevures pas trop vilaines pour mon bestiaire, pas toujours facile de trouver le bon angle, le profil idéal, tantôt décapités, tantôt étiaffés à un point que leur mère aurait du mal à les reconnaître, ou encore éviscérés par les piafs et les charognards qui trop gourmands se font écraser à leur tour. Certaines bagnoles ont des pare-buffles tels qu'aucune bestiole, même grosse, n'en réchappe, de quoi frapper un sanglier ou un cerf sans même lever le pied, ça bronche à peine, pas une égratignure sur la peinture. C'est ça ou pas rouler la nuit, à vous de choisir.

TASMANIE C'EST FINI

Dans une enième grimpette, soudain je me dis : « J'en ai marre, putain, plein le dos de cette Tasmanie jamais plate, jamais je reviendrai pédaler ici », je vous la fais version polie et je sais faut jamais dire jamais, mais là je le dis, JAMAIS ! Je me sens comme au 7ème mois de grossesse, c'est bien mignon ce gros bidon, le bébé il est fait, maintenant il faut qu'il sorte. Sur le point d'accoucher de ces 7 mois de baroude à vélo, je crois que je suis un peu fatiguée, je sais aussi que c'est quand le bébé est dehors que les ennuis commencent, pour moi cette naissance c'est le retour dans l'hémisphère nord, fini la vie de château et retour à la vie normale, une pensée sombre.

Il fait maintenant un vent à décorner les cocus, mais comme le dit mon paternel, il vaut mieux être cocu que malade, un vent à décorner tous les taureaux de Camargue donc et nous arrivons à Launceston, contraints de pédaler dans les descentes, c'est vous dire si ça ventile. On a rendez-vous chez des gens et ça tombe bien parce qu'on est un peu mouillés et on a froid. Vickie et Malcolm nous reçoivent dans la cuisine, ça sent la confiotte de coingt, la fée du logis s'excuse pour le cafarnaum, t'inquiète on est pas venus pour ranger, te dérange pas pour nous, pas toujours simple de débarquer chez les autres sans déranger... Une piaule et une salle d'eau rien que pour nous, c'est cool, d'autant qu'ils nous retiennent 3 nuits et cuisse de mouche va même faire une journée au bahut. Incroyable cette petite, elle a adoré, faut dire que ça lui change un peu le décor, sa sœur et ses vieux, et pas qu'en peinture...

L'oiseau qui rigole, Launceston, musée de la vapeur, cigne noir, héron
L'oiseau qui rigole, Launceston, musée de la vapeur, cigne noir, héron
L'oiseau qui rigole, Launceston, musée de la vapeur, cigne noir, héron
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L'oiseau qui rigole, Launceston, musée de la vapeur, cigne noir, héron

L'oiseau qui rigole, Launceston, musée de la vapeur, cigne noir, héron

Voilà, la boucle est bouclée, retour à Devonport, là où tout a commencé il y a deux mois, sous la pissette, aujourd'hui il fait beau mais on se les meule, tant mieux comme ça on aura pas de regret de partir, quand faut y aller, faut y aller.

Et comme l'escargot dans sa fourmillière, on en bave, mais on s'en sort toujours.

Allez, à bientôt les loulous.

La verte campagne, la raison du froid de ces jours, le drapeau australien
La verte campagne, la raison du froid de ces jours, le drapeau australien
La verte campagne, la raison du froid de ces jours, le drapeau australien

La verte campagne, la raison du froid de ces jours, le drapeau australien

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L
Alors là, Steph, tu m'as fait mourir de rire!! Les descriptions sont tip-top, on s'imagine bien les trucs. Mis à part le côté délire de ton récit, je suis de nouveau plus qu'admirative de votre périple à vélo, et encore, je pense que je ne me rends pas bien compte de tout ;)). Il me semble que vous êtes encore un peu loin de chez nous, alors bonne route pour la suite.<br /> On vous fait plein de gros bisous<br /> Les boubous
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D
Super. Narration et photos. Hope you have a great fly back to England. Milles bisous
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