Retour dans les Grenadines du sud pour une escale technique à Carriacou, où nous rencontrons Dominique et son atelier flottant. Dominique est là depuis plus de 30 ans et a obtenu la nationalité il y a 10 ans. Son atelier, un ancien trimaran de tourisme grand luxe a bien perdu de sa superbe. Pour continuer de flotter malgré le poids de ses planchers, de son matériel et de ses outils, Dominique a collecté des centaines de bidons en plastique et rempli le fond de son embarcation, et ça flotte.
Ce soudeur expert travaille l’alu et l’inox au tig, des soudures impeccables. Depuis quelque temps déjà, nous avons une cadène qui s’arrache, c’est gênant car les cadènes sont les points de fixation des haubans, donc si ça pète, le mât tombe, sans compter les fissures du gel coat qui laissent passer l’eau, à long terme c’est le bois pris en sandwich qui pourrit et ça aussi c’est gênant. Et la maudite cadène elle est reprise où à votre avis ? Je vous le donne en mille : dans les placards de la cuisine ! Super pratique, il faut tout démonter, mais avec ce que nous a prévu le Bert, elle va pas s’arracher la cadène !
Dominique a un Sun Kiss lui aussi, du coup il sait de quoi on parle, il a lui-même renforcé l’ensemble de ses cadènes, et donc on discute des points sensibles de ces bateaux qui finissent par vieillir, comme tout… On en profite pour faire ressouder la poignée de la porte du four qui nous a lâché l’autre jour (obsolescence programmée). Nous avons aussi rencontré le tourneur du coin, un Allemand installé ici avec sa femme depuis très longtemps. L’atelier surplombe la mer où leur bateau est mouillé et la maison est ouverte aux quatre vents, le chien aboie mais ne mord pas, il fait office de sonnette : au premier jappement quelqu’un sort pour nous accueillir.
Comme nous avons également quelques accrocs sur nos voiles, nous confions nos affaires aux voiliers du coin ; Uly, s’occupe des capotes, biminis, toiles diverses et Andy, reprend les voiles. A la question « vous acceptez les dollars US », Andy nous répond que non, car l’argent sert à acheter du pain au sens large, j’en déduis qu’ils doivent rarement sortir d’ici. Ils ont l'air d'un vieux couple, mais ne nous méprenons pas, ces deux-là travaillent ensemble et c'est tout.
Quand on arrive à Carriacou on pense que c’est pour quelques jours seulement, et finalement 3 semaines après on est toujours là. Nous avons fait la connaissance de Rêve Bleu, un couple de Français avec un enfant de 9 ans, Valentin. Ils nous mettent au parfum de tout ce qu’il y a à faire par ici, des tuyaux qu’ils ont reçus de Suzy, j’imagine… Suzy vit seule sur un superbe bateau et quand elle voyage, elle fait appel à un équipage. Alors ça commence par un « happy hour » au Lazy Turtle, on discute, on trinque et on échange nos bouquins contre de nouveaux, il y a tout un stock de livres en français, c’est pas de la chance ça ? Et samedi prochain, une grande collecte des déchets est organisée sur la plage, un grand moment de convivialité, parait-il, on vous tient au courant.
Le Lazy Turtle est tenu par qui ? Un couple d’Européens encore ! Un peu plus jeunes, originaires de Grande-Bretagne il me semble à l’accent. A côté, le club de plongée, tenu par qui ? Un Québequois.
Petite lessive des draps également, c’est pas du luxe. La dame de la lingerie (locale cette fois) nous explique que les jeunes ne restent pas sur l’île, ils partent tenter leur chance en Angleterre, pas facile de trouver du travail par ici.
Au fait, j’oubliais : Louanne nous a choppé un impétigo et une angine, et vous savez où ? En Martinique, comme par hasard… Sur les conseils de Sainte Luce qui nous avait déjà donné l’encap du dentiste des Saintes, nous voilà chez le docteur Freddy, un cubain monstre sympa, qui nous prescrit des antibio pour la Loulou et une crème pour ses pustules, ainsi qu’un traitement nasal pour les problèmes d’oreilles persistants de Bert. On avait bien pensé que ça pouvait venir du nez, mais les médecins que nous avions vus auparavant n’y avaient pas pensé… Affaire à suivre, là aussi on vous tient au courant.