Jour 1 : samedi 9 mai 2015, 13h30
On part, au moteur, le grib annonce un petit 10 nœuds secteur nord, on n’en sentira pas la moindre brise avant 18h. Le capitaine a la sensation étrange de partir alors que ce n’est pas le moment, c’est vrai que jusqu’à présent on partait à la voile, mais ça c’était avant, côté Atlantique. Il faut sortir du golfe de Panama. Petit contact radio avec L’Avenir, eux aussi ils attendent 18h avec impatience. Et à 18h tout pile, on peut tout envoyer, ça souffle à 15 nœuds. Et ça tiendra toute la nuit. Le ciel est très noir, les éclairs fréquents avec quelques roulements de tambour, Louanne a la pression, elle aime pas l’orage, avec tout ce qu’on a entendu comme histoires de bateaux foudroyés. Par mesure de prudence on coupe l’ordinateur de bord et le pilote auto et on essaie de tirer un peu à l’ouest, c’est qu’on a pas bien l’habitude de ce genre d’ambiance… Petit coup d’œil vers l’arrière, L’avenir n’a pas ses feux de navigation, on ne les voit déjà plus. On s’est dit « bonne nuit et à demain », mais comme d’habitude, la VHF ne passe déjà plus. Rendez-vous dans longtemps.
Jour 2 : dimanche 10 mai 2015
Aujourd’hui ciel couvert mais pas menaçant, journée pépère à 4 nœuds, une mer calme qui rend la préparation et la prise des repas plus confortable. Il fait chaud, tout est poisseux, on se douche à l’eau de mer, mais on ne se rince pas, car oui, nous sommes en mode restriction d’eau douce, notre (saloperie de) désalinisateur nous ayant lâché pour la 8ème fois depuis notre départ. Tombe la nuit et tombe le vent, moteur jusqu’à 5 heures du mat (« j’ai un frisson je claque des dents je monte le son, clac fait le verre en tombant sur le lino je m’coupe en ramassant les morceaux »), je m’égare (déjà ?)
Jour 3 : lundi 11 mai 2015
Le vent monte, ça sent le grain, il faut réduire, Bert prend le ris tout seul, j’aime pas quand il fait ça, on avait dit « les manœuvres on les fait à deux », alors je bondis dans le cockpit et là il me dit : « c’est tout bon », et c’est vrai que c’est bon, on file à plus de 7 nœuds, la pluie a lavé un peu la pollution de Panama, à la prochaine averse nous pourrons collecter l’eau. On est en avance sur la route que nous avions établie, basée sur une moyenne très pessimiste de 50 milles par jour, très réaliste au vu du grib, en fait ça avance plutôt bien. Se pose la question des Galapagos, on y va ? On n’y va pas ? C’est vrai que le coût d’entrée est exorbitant, et la radine campagnarde que je suis n’adhère pas à ce racket organisé. Avec 1300 dollars, on peut manger pendant plusieurs mois ou faire des tas de plongées, de toute façon des bestioles on en verra, le voyage est loin d’être terminé. On avait dit ça coupe la route et on pourra faire le plein d’eau, mais pour l’eau on ne devrait pas manquer et maintenant que nous sommes lancés, et bien nous sommes lancés, 3 semaines ou 5, ça ne fait pas une grosse différence, on savait bien que ce serait long, très long même. Enfin, on est pas encore à la croisée des routes, on peut encore y réfléchir, on est pas encore trop fatigués non plus…
En parlant de pluie, on essuie un grain d’au moins 2 heures, flotte à volonté et visibilité inférieure à 100 mètres. C’est alors qu’on voit surgir sur babord un petit cargo, je ne suis pas sûre qu’il nous ait vus, à moins d’avoir enclenché le radar, c’est pas passé loin. Ensuite, retour au calme et nuit au moteur. Un cargo blanc avec des conteneurs blancs dans un grain blanc c’est pas ce qu’il y a de plus visible !
Jour 4 : mardi 12 mai 2015
On reprend du vent sur la fin de nuit, d’abord travers puis au près. La houle est très longue, un pur bonheur pour cette journée partiellement ensoleillée. Ça monte un peu en soirée, on prend un ris pour la nuit. C’est tout ce que j’ai à dire pour cette journée.
Jour 5 : mercredi 13 mai 2015
On tire des bords, on n’arrive pas à descendre au sud, 20 nœuds de vent en pleine gueule et du courant, une mer hachée (beaucoup moins idyllique) et le bateau qui tape. Bert me réveille pour le dernier quart du matin : il s’est trompé d’une heure (trop tôt) alors qu’il pensait avoir fait durer. Peut-être était-il allé faire un tour dans la 4ème dimension…
On a un squatteur depuis cette nuit : un joli fou au bec bleu s’est installé sur notre balcon avant. Louanne l’a baptisé cul-d’chouette.
Jour 6 : jeudi 14 mai 2015
Ce matin notre coloc s’est fait la malle, il faut dire que Bert lui avait parlé : « tu sais, là où on va tu seras très loin de la côte, tu ferais mieux de partir, c’est pas qu’on apprécie pas ta compagnie, mais ce que je te dis là c’est pour ton bien mon vieux ». Après ça on a réduit et on s’est pris un bon grain de face, 30 nœuds dans les rafales et adieu notre beau cap. C’est pas gagné gagné l’histoire, ça s’annonce un peu moins tout pile que la Transat… La bande anti UV de notre génois part en sucette, Bert parle d’affaler et de tenter une réparation de fortune, je calme ses ardeurs, il a raison mais nous attendrons une pétole, si on peut éviter les nœuds dans le torchon, c’est mieux.
Jour 7 : vendredi 15 mai 2015
Nous arrêtons de lutter contre un vent qui se refuse et nous prenons l’option Bahia de Caraquez en Equateur. On se sent tous mieux : une petite pause dans la traversée, un cap que nous pouvons tenir, nous informons L’Avenir de notre changement de route. Ce matin à 9h50, nous sommes entrés dans l’hémisphère sud et fêté comme il se doit notre baptême. Aujourd’hui il fait beau et nous savourons ces belles conditions de navigation. Et cerise sur le gâteau, une belle dorade coryphène de 6,5 kilos a bien voulu mordre à notre hameçon en fin d’après-midi.
De toute façon je crois qu’au fond on voulait pas y aller aux Galaps.
Jour 8 : samedi 16 mai 2015
Nous voilà arrivés en dehors de la baie de Caraquez, mouillés dans la « salle d’attente » nous attendons que la marée soit haute pour pouvoir faire notre entrée assistée d’un pilote. L’eau est vert marron, on voit pas à travers, difficile dans ces conditions de trouver la passe, il nous faut un pro.
Cela fait bien longtemps qu’on ne s’est pas sentis aussi bien quelque part. Du coup l’arrêt de 72 h devrait durer 15 ou 20 jours avec visite de la Cordillère, de Quito… Ce sera notre hiver à nous : pluie, froid 15°C.
Rien d’organisé et de défini, on improvise. Donc plus de news dans 2 semaines…
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